Samedi 14 mai 2005
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Je vous propose ici ma traduction d'un article scientifique super drôle et intéressant sur l'apprentissage du chinois dans lequel les étudiants occidentaux en la matière se reconnaîtront. Vous trouverez la version originale en anglais sur www.pinyin.info/readings/texts/moser.html. Je modifierai cet article au fur et à mesure du développement de ma traduction. Et via les commentaires, je vous invite à m'aider dans la traduction ou simplement à faire part de votre propre expérience en la matière.
Pourquoi le chinois est-il si difficile ?
Par David Moser, Université du Michigan Centre des Etudes chinoises
La première question que toute personne sensée pourrait poser en lisant le titre de cet essai est : difficile pour qui ?. Question somme toute légitime. Après tout, les Chinois semblent lapprendre sans problèmes. Alors comment définir difficile ? Puisque je sais dès le début que ce document va égrainer nombre de jérémiades et autres pleurnicheries, je ferais tout aussi bien den venir directement au but et dire exactement ce que jai derrière la tête : je veux dire difficile pour moi, un anglophone qui essaie dapprendre le chinois en tant quadulte, passant par le processus complet avec les livres, les cassettes, les partenaires de conversation, etc, et tout le tralala. Je veux dire difficile pour moi - et bien sûr , pour beaucoup dautres occidentaux qui ont passé des années de leur vie à se taper la tête contre la grande muraille de la langue chinoise.
Si mon discours sarrêtait là, son contenu serait bien pauvre. Après tout, toute langue étrangère est difficile pour tout qui ce nest pas la langue maternelle, pas vrai ? Hé bien, en quelque sorte oui mais toutes les langues étrangères ne présentent pas le même degré de difficulté pour lapprenant. Ce degré de difficulté dépend de la langue source (langue à partir de laquelle vous apprenez). Dhabitude, un francophone peut apprendre litalien plus rapidementquun anglophone, de même quun anglophone peut probablement maîtriser lallemand plus rapidement quun Japonais, etc. Donc partie de contenu de cet article est aussi de dire que la langue chinoise est difficile à apprendre comparée à heu
ben à presque nimporte quel autre langage quil vous viendrait à lidée dapprendre. Ce que je veux dire est que le chinois nest pas difficile seulement pour nous (occidentaux), mais aussi difficile en termes absolus. Ce qui signifie que le chinois est aussi difficile aussi pour les Chinois eux mêmes.
Si vous ne me croyez pas, demandez à nimporte quel Chinois. La plupart d'entre eux reconnaîtront joyeusement que leur langue est difficile, peut-être la plus difficile sur terre ! (Beaucoup en sont fier de la même manière que les New-yorkais sont fiers de vivre dans la ville la plus impossible à vivre dAmérique).Peut-être que les Chinois méritent une médaille simplement pour être né chinois.[
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Si vous prenez lexpression anglaise Its Greek to me, et que cherchez les expressions équivalentes dans les langues du monde pour essayer de trouver quelle est la langue la plusdifficile, les résultats de létude linguistique montrent que le chinois remporte haut la main la palme de la langue la plus incompréhensible. Se pose alors la question de savoir : mais quelle est donc la langue considérée par les Chinois eux-mêmes comme étant par-dessus tout la plus difficile ? Lorsque vous cherchez lexpression équivalente en chinois, vous trouvez : 跟天书一样 (gen tianshu yiyang), ce quisignifie : cest de lécriture céleste.
Et cest une des vérités dans lhistoire de la linguistique : le chinois mérite cette réputation de difficile à vous en déchirer le cur. Ceux qui entreprennent détudier cette langue pour toute autre raison que son simple plaisir seront toujours frustrés de la quantité abyssale defforts à fournir. Ceux qui sont attiré par cette langue précisément pour ses intimidantes complexités etdifficultés ne seront jamais déçus. Peu importe la raison pour laquelle ils ont débuté, chaque personne qui a commencé à étudier le chinois finit tôt ou tard par se demander : Pourquoi diable est-ce que je fais cela ?'. Ceux qui sont encore capable de se souvenir de leur but premier abandonneront ici et là sagement leur tentative, puisque ce fastidieux combat nen vaut finalement pas vraiment la peine. Ceux qui simplement se disent jen ai déjà tellement fait, je ne peux pas marrêter maintenant auront quelque chance de succès, puisquils ont sensiblement ce genre dobstination inconsciente et font manifestement preuve d'un manque de perspective globale en la matière.
Okay, après avoir un peu expliqué ce que je voulais dire par difficile, jen reviens à ma première question: pourquoi le chinois est-il si difficile ?
- Parce que le système décriture est insensé.
- Parce que la langue na pas la simplicité de faire usage dun alphabet.
- Parce que le système décriture nest pas seulement phonétique.
- Parce que vous ne pouvez pas tricher en utilisant des mots apparentés.
- Parce que même chercher un mot au dictionnaire est compliqué.
- Aussi, il y a le chinois classique.
- Parce quil y a trop de méthodes de latinisation [de la langue chinoise] et toutes ces méthodes sont nulles !
- Parce que les langues tonales sont bizarres.
- Parce que lOrient cest lOrient, que lOccident cest lOccident,
et les deux ne se sont finalement, rencontrés que très récemment.
1. Parce que le système décriture est insensé.
Beau, complexe, mystérieux -- mais insensé. Comme beaucoup de mes étudiants de chinois, je me suis intéressé au chinois dabord pour son système décriture, qui est sûrement une des graphie les plus fascinante au monde. Plus vous en apprenez sur les caractères chinois, plus vous les trouvez intrigant et plus vous en devenez dépendant. Létude des caractères chinois peut devenir lobsession de toute une vie, et très vite vous vous retrouvez impliqué dans le devoir quotidien de les accumuler, goutte à goutte de limmense océan de caractères, en vains essais de les amasser dans le gobelet percé de la mémoire à long terme.
La beauté des caractères est indéniable, mais alors que le peuple chinois commençait à comprendre limportance de la littérature universelle, il devenait évident que ces idéogrammes étaient comme une sorte de liens aux pieds -- quelque maniaque eut aimé leur apparence, mais ils nétaient en fin de compte pas pratiques à lusage quotidien.
Par exemple parce quil est déraisonnablement compliqué dapprendre assez decaractères pour être simplement capable de lire et écrire. De nouveau,quelquun peut demander difficile par rapport à quoi ?. Et la réponseest facile : Difficile en comparaison de lespagnol, du grec, du russe,de lhindi ou tout autre langage sensé, normal, qui exige tout au plusquelques douzaines de symboles pour écrire quoi que ce soit dans cette langue.Dans son livre The ChineseLanguage: Fact and Fantasy, John Defrancis rapporte que ses collègueschinois estiment quun sinophone prend sept à huit ans pour apprendre à lire etécrire trois mille caractères, alors que ses collègues français ou espagnolsestiment que leeurs étudiants dans leur pays respectifs atteignent des niveauxcomparables en la moitié de ce temps.Evidement, cette estimation est plutôt approximative et impressionnante(lexpression niveaux comparables nest pas très claire), mais theimplications générales sautent aux yeux : le système décriture chinoisest plus difficile à apprendre, en temres absolus, que le système décriturealphabétique. Même les enfants chinois,dont les esprits sont au plus haut de leur capacité dapprentissage, ont plusde problèmes avec les caractères chinoisque leurs petits compagnons dans les autres pays avec leur graphies respectives.Alors essayez un instant dimaginer les difficultés éprouvées par apprenantétranger à lesprit léthargique post-pubertaire tel que moi-même.
Tout a entendu dire que le chinois est difficile à cause de lénorme quantité de caractères quil faut apprendre et cest absolument vrai. Il y a beaucoup de livre et articles connusqui minimisent limportance de la difficulté en disant par exemple malgr lefait que le chinois contient [10 000, 25 000, 50 000 choisissez] caractères,vous navez vraiment besoin que denviron 2000 pour lire le journal.Balivernes. Je ne pouvais pas facilemnt lire le journal alors que je connaissais 2000 caractères. Jedevais souvent regarder plusieurs caractères au dictionnaire par ligne, et mêmeaprès ça, jéprouvais encore des difficultés à extraire la signification de larticle. (Dans ce contexte, par lireentendez lire et compréhension de base du texte sans avoir à chercher desdizaines de caractères au dictionnaire ; sinon laffirmation es vide desens)
Cette fable est répandue à cause du fait que, lorsque vous regarder à lafréquence des caractères, plus de 95% des caractères dans nimporte queljournal font partie des premiers 2000 plus communs.Mais un tel calcul ne vous dit pas que vous trouverez plein de mots non-familierélaborés à partir de ces caractèrescommuns. (pour illustrer le problème, remarquez que en anglais, connaître lesmots up et tight ne signifie pas connaître le mot uptight). De plus, commetout qui a étudié une langue étrangère le sait, vous pouvez êtrefamiliarisé avec chaque mot dun texteet pour autant ne pas être capable den saisir le sens. La compréhension à lalecture ne se résume pas à simplement connaître beaucoup de mots ; il vousfaut avoir le feeling du comment ces mots peuvent être combinés en unemultitude de contextes différents. Sajouteencore le simple fait que même si vous connaissez 95% des caractères dans untexte donné, les 5% restant sont souvent les caractères dune nécessité crucialeà la compréhension du point principal du texte. Un anglophone non-natif qui lit un article à lentête Jaccuzzis found effective in treating Phlebitis necomprendra pas grand-chose sil ignore la signification des mots jacizzi ou phlebitis.
Le problème de la lecture est souvent très sensible pour ceux qui sont sur le terrain chinois. Combien dentre nous oseraient se lever et lire à voix haute devant tout le groupe de collègues un texte sélectionné au hasard ?Déjà le complexe dinfériorité de perdre la face pousse beaucoup détudiants etde professeurs à devenir les coopérateurs invlontaire de la conspiration dusilence dans laquelle chacun fait semblant quaprès quatre années de chinois, létudiantappliqué serait capable de lire à vue dilà toute forme de littérature de Confucius à Lu Xun, sattardant occasionnellementsur quelque satané caractère peu fréquent (dans leur dictionnairechinois-chinois, bien-sûr). Dautres, vien-sûr, sont plus honnêtes à propos desdifficultés. Lautre jour, un de mes anciens étudiants, aujourdhui diplômé, qui a étudié le chinois durant plus de dix ansme dit : Je suis vraiment entravé dans mes recherches du fait que Ilne mest otujours pas possible de lire le chinois. Ça me prend des heurespour lire deux ou trois passages, et je ne peux pas me permettre de passer desmots pour me faciliter la tâche. Ce serait un étonnant aveu dun étudiantdisons de littérature française, dans sa dixième année dapprentissage.Pourtant, cest un commentaire que jentends tout le temps parmi mes pairs (aumoins dans ces moments dinattention quand on a bu un peu trop de bièreTsingtao et quon commencé à se lamenter sur la lenteur de lavancement de la thèse).
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Comme si cela ne suffisait pas, un autre aspect ridicule du système décriture chinois est quil y a deux types de caractères (qui heureusement se recoupent partiellement) : les caractères traditionnels encore utilisés à Taiwan et Hong Kong, et les caractères simplifiés adopté en République Populaire de Chineà la fin des années 50, début 60. Et tout étudiant est plus ou moins forcé de se familiariser avec les deux types, puisquils se retrouvent régulièrement face à des textes et autres articles des deux Chines. Cette constante chevauchée linguistique à dos de chameau est un fardeau stupide sur le dos de létudiant en chinois déjà chargé comme un baudet. Mais puisque les Chinois eux-mêmes ne sont jamais dune égale compétence entre la version simplifiée et la version complexe des caractères, il ny a absolument aucune honte à se concentrer sur une version seulement, en excluant partiellement lautre. En fait, il ny a pas à avoir honte à abandonner lapprentissage du chinois tout court quand vous avez pris conscience de tout cela.
John DeFrancis, The ChineseLanguage : Fact and Fantasy, Honolulu : University of HawaïPress, 1984, p. 153. La plupart des problèmes envisagé dans cet article sontétudiés plus en profondeur et avec plus de clareté dans ce livre et son VisibleSpeech: Diverse Oneness of Writing Systems, Honolulu : University ofHawaï Press, 1989.
A propos, je suis conscient que la plupartde ce que jai dit plus haut est valable aussi pour le japonais, mais il sembleclair que le fardeau placé sur les apprenant en japonais est beaucoup plusléger parce que (a) le nombre de caractères utilisé en japonais est seulement denviron2000 ce qui est deux ou trois fois moins comparé au nombre nécessaire aulettré chinois moyen ; et (b) les Japonais ont la phonétique syllabaire(les caractères hiragana et katana), qui sont quasi 100%phonétiquement fiables et qui sont en bien des manières plus facile à maîtriserque nest le chaotique orthographe anglais.
Voir, par exemple, Chen Heqin, Yutiwen yingyongzihui [les caractères utilisés dans la langue vernaculaire], Shanghai, 1928.
John DeFrancis parle de ce problème dans, parmidautres articles, Why Johnny Cant Read Chinese, Journal of the ChineseLanguage Teachers Association, Vol 1, N°1, Feb. 1966, pp. 1-20.
Je parle ici du système d'écriture, mais la difficulté de ce système possède un tel effet pénétrant sur la littérature et sur l'apprentissage général de la langue que je pense que l'énoncé dans sa globalité est toujours valable.