Samedi 7 mai 2005
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Petite visite au mémorial du [communément appelé] "Massacre de Nanjing".
Dans cet article, vous pourrez lire tout d'abord mon résumé de la problématique de l'histoire des relations entre le Chine et le Japon lié à Nanjing, et ensuite ma visite 'critique' du
mémorial.
Problématique historique
Lorsque vous parcourez le web à la recherche d'infos sur ce douloureux épisode des relations sino-japonaises, beaucoup de parallèles et d'analogies sont faits avec ce qui s'est passé en Allemagne
pendant la deuxième guerre mondiale. Et alors qu'on se félicite du fait que l'Allemagne ait officiellement reconnu les atrocités commises sous la régime nazi, qu'elle ait présenté d'officielles
excuses et que bon nombre des auteurs de ces crimes aient été jugé au fameux procès de Nuremberg, il en est tout autre en ce qui concerne le Japon. Il y eu également un tribunal constitué pour jugé
les crimes de la geurre en Extrême-Orient: le tribunal de Tokyo. Ce tribunal établit que durant la période d'occupation de Nankin par l'armée impériale japonaise entre décembre 1937 et janvier
1938, 20 000 viols ont été perpétrés et estime qu'il y a eu entre 200 000 et 300 000 personnes tuées par les japonais.
Aujourd'hui, un des principaux reproches fait au Japon est le 'révisionisme', c'est à dire la réinterprétation des faits de guerre de l'armée impériale japonaise. 'Révisionisme' qui au fil des
années prend se transforme carrément en 'négationisme', c'est à dire la la mise en doute que ces faits aient vraiment eu lieu et, par-là, leur non-reconnaissance. Ce 'révisionisme-négationisme' se
traduit dans les actes de deux manières particulières qui font régulièrement la une des journaux: premièrement, au Japon, la visite d'hommage annuelle du Premier Ministre Japonais au sanctuaire
Yasukuni où sont honorées les âmesdes 2,5 millions de morts des guerres menées par le Japon depuis plus d'un siècle parmi lesquels 14 criminels de guerre selon ls jugements rendus par le tribunal
de Tokyo. La seconde, encore toute chaude dans les dernières actualités, est la publication de manuels scolaires et autres livre d'histoire au contenu qualifié de fallacieux et mensonger par le
gouvernement chinois.
Le site du mémorial
Mon avis sur ce mémorial ? C'est lugubre et macabre... Quand vous le visiterez, préparez-vous à un moment émotionnellement pénible... Plusieurs éléments m'ont particulièrement dérangé et même
choqué. C'est évidement le but recherché par les muséographes chinois lors de la construction de ce mémorial. D'un point de vue muséographique, il est intéressant de remarquer plusieurs points et
de faire quelques compraisons avec d'autres sites similaires.
Le problème du muséologue chinois est qu'il doit construire un site autour d'une fosse archéologique qui met au jour les ossements des victimes du massacre. Il n'a pas de structure architecturale
pré-établie sur le site, contrairement au camps de concentration nazis par exemple pour lesquelles des bâtiments ont été construits. La structure que vont élaborer les muséologues chinois reflète
d'une part le syle architectural de l'époque de sa construction (site ouvert au public en 1983), et d'autre part la première interprétation du muséographe. Par ailleurs la structure installe aussi
une atmosphère pour le visiteur. Au mémorial de Nankin, y a du béton partout ! C'est gris, terne, sombre... D'entrée de jeu, le visiteur n'est invié ni à l'émerveillement, ni au recueillement mais
est confronté à l'âpreté et dureté du lieu.
L'extérieur constitue l'introduction au site. Une série de plates-forme et d'espaces sur lesquels sont agencés des sculptures en bronze en style réaliste de morceaux de corps humain.
S'enfile un allée où des empreintes de pieds ont été moulées dans le bronze; allée bordée quelques statues représentant des blessés qui vont à contre sens (par rapport au sens de la visite).
Après, un espace couvert de cailloux, et quelques troncs d'arbres morts.
Le hall vitré où sont conservés les ossements des victimes. Les numéros reportent à une légende qui explique les tortures subies par la vistime à partir de l'étude du squelette. C'est un des points
forts de la visite.
Enfin, une bâtisse très sombre où le visiteurs verra en images (photos et vidéos) les actes des soldats japonais (j'en ai pas de photos).
D'un point de vue éthique, le mémorial du massacre de Nanjing choque bon nombre de visiteurs étrangers car sous la dénomination 'mémorial', il présente des preuves de crimes de guerre contre la
Japon. Cela étant un sujet d'actualité entre les deux pays, souvent les visiteurs qualifient ce site non pas de 'mémorial' mais d'outils de propagande du gouvernement chinois à l'encontre de son
voisin japonais.
Personnellement, je ne connais pas de mémorial qui présente des squelettes à ceux qui le visite. En Europe, un mémorial est souvent placé à proximité de cimetières (par exemple les dits 'cimetières
américains' en Europe où ont été enterrés les soldats américains morts au combat) sont des structures constituée de sculptures et de pierres commémoratives. La sculpture peut parfois servir de
réceptacle pour un squelette (par exemple, le monument au soldat inconnu sous l'Arc de Triomphe à Paris) mais le squelette ne sera pas vu par le visiteurs.
Par contre, il existe des sites archéologiques ou même touristiques présentant des squelettes (par exemple des tombes de moines dans les fouilles d'abbayes du Moyen-Âge en France ou des cryptes et
catacombes des églises en Italie) mais il s'agit alors de 'musées' et ces sites ne sont pas utilisés à des fins politiques mais touristiques.
Ici, sur le site du mémorial du massacre de Nanjing, je trouve qu'il est intéressant de voir comment, passé et présent se confondent. Personnellement je ne suis ni pro- ni anti- japonais ou
chinois. Mais au-delà de toutes les différences culturelles, linguistiques, politiques et autres, ils sont des douleurs humaines que, malheureusement, toute personne peut comprendre au travers des
traces qu'en garde l'histoire. On peut, moralement être choqué de la mise en scène que fait la Chine de son histoire mais peut-être que si le Japon venait à reconnaître les faits historiques età
présenter ces excuses officielles - comme l'a fait l'Allemagne -, peut-être alors serait-il possible pour les habitants de Nankin de refermer cette fosse ouverte comme une plaie dans leur mémoire
collective...